Philippe Baronnet

Des aventures de couleurs

Sur la coque des cargos rouillés, presque épaves, apparaissent parfois des aventures de couleurs,comme autant d'esquisses accumulées après de longs séjours en mer, gardant toujours fièrement la beauté survivante de leurs premiers étains.
Si les toiles de Catherine Barthelemy évoquent parfois au premier regard, de tels moments, c'est que dans leur manière tout autant tumultueuse et envoûtante de voir le monde se retrouvent les mêmes éclats minéraux et organiques. A cette différence près, cette fois, que le hasard a cédé la place à la nécessité absolue de naviguer jusqu'au fin fond de l'âme humaine.
D'où l'émergence de ces moments fulgurants. D'où l'urgence du propos qui va à l'essentiel. D'où cette volonté délibérée de montrer l'indicible, quitte à se surprendre soi-même, avec ses inachèvements, ses rages, ses hésitations, ses bonheurs, ses passions jamais éteintes, où la lumière intérieure devient matière picturale.
Ce qui surprend dans l'art de Catherine Barthelemy, c'est ce jaillissement de longs séjours en soi comme soudainement libérés. De ces aventures, que la couleur au plus fort de son embrasement et de son incandescence exprime, difficile de sortir indemne.
Ivre de couleur, bercé par des vagues incessantes, il n'est que l'être pour mesurer ainsi toute l'étendue de son propre univers, à l'image d'un monde qui le submerge.
Il n'y a probablement que l'"abstraction" pour exprimer ainsi, et de manière si évidente, la part la plus secrète de l'homme. Il n'est que la mer et ses abîmes, que frôlent souvent de vieux cargos pour délivrer de semblables messages.


— Philippe Baronnet